Deux appellations, deux histoires

Armagnac vs Cognac

« La plus grande différence entre l’Armagnac et le Cognac ? Deux cents ans de marketing. »

Histoire

Deux histoires, deux spiritueux français

Avant de parler de terroirs ou de techniques de distillation, il faut d’abord parler d’histoire. Car la plus grande différence entre l’Armagnac et le Cognac ne tient ni aux terroirs, ni aux cépages : elle tient à deux siècles de commerce et de marketing.

Armagnac — le capital-risque du paysan gascon

L’Armagnac, province rurale et enclavée de Gascogne, reste à l’écart du commerce mondial. La production d’eau-de-vie y est une forme de capital-risque au sein de fermes de polyculture : on distille le vin pour se prémunir des aléas climatiques à venir, pour mettre un peu d’argent de côté, et on le vend aux négociants si besoin. Pour l’identifier dans les chais, on indique sur la barrique l’année de la récolte. Le profil gustatif et commercial des deux régions reste très différent aujourd’hui encore.

Cognac — l’enfant du commerce maritime

La Charente est toute proche de l’océan, des ports de commerce et de la place de Bordeaux, centre mondial du commerce du vin. Dès les 18ᵉ et 19ᵉ siècles, le Cognac s’exporte dans le monde entier — les appellations d’assemblage Very Special (VS) et Very Special Old Pale (VSOP) viennent de ce commerce britannique. En 1855 naît l’appellation Cognac Napoléon : toutes trois sont des assemblages à vocation commerciale.

Un marché

Une production concentrée et l’autre éclatée

L’écart de volume ne dit pas tout : le nombre d’acteurs, la concentration du marché et la part export dessinent deux mondes bien différents.

40 fois plus petit

Les volumes de ventes de l’Armagnac face au Cognac — et 50 fois plus petit en volume de distillation.

6 fois moins de producteurs

Mais l’écart se resserre chez les metteurs en marché : 160 maisons en Armagnac contre 250 en Cognac.

97 % à l’export

Pour le Cognac. Sur le marché français, Armagnac, Cognac et Calvados réalisent des volumes comparables.

83 % des volumes

Réalisés par seulement quatre maisons de Cognac — un marché ultra-concentré, à l’opposé de l’Armagnac.

Sur le marché français, les volumes des trois brandies vieillis — Armagnac, Cognac, Calvados — restent comparables. La différence se joue à l’export : 42 % des exportations de Cognac partent aux États-Unis, 18 % vers la Chine.

L’Armagnac, plus terroir, plus divers, plus complexe. Le Cognac parfois plus fin, plus élégant, plus homogène. L’un est beaucoup plus téroire et paysan; l’autre, un produit maîtrisé, presque industriel.

Terroir & production

Deux appellations, deux cultures

Armagnac
Cognac
Terroirs
3 terroirs.
6 terroirs (crus).
Cépages
Dix cépages, dans une appellation partagée avec les vins de Côtes de Gascogne — environ 50 % d’Ugni Blanc (plutôt à l’est), 45 % de Baco ; 1 % Folle Blanche et 1 à 2 % Colombard ; Plant de Graisse, Mauzac blanc et rosé, Meslier Saint-François, Blanc Dame en dessous de 1 %.
6 cépages autorisés, mais un seul en réalité : l’Ugni Blanc, à 98 %.
Distillation
Alambic à simple passe, entre 53 % et 60 % : plus le degré est bas, plus les arômes du terroir et du cépage passent dans l’eau-de-vie blanche.
Alambic à double passe, de 60 % à 74 % : des eaux-de-vie plus épurées.
Vieillissement
Pièces de 420 litres en chêne du Sud-Ouest, souvent gascon, parfois même issu du domaine — un boisé qui demande à se patiner, dès 15 à 20 ans.
Fûts pas toujours neufs, selon les maisons, et un vieillissement plus court.
Commercialisation
Âge moyen autour de 12 ans ; 22 % des stocks ont plus de 20 ans, et il existe des stocks de 35, 40, 50 ans et plus.
Plus de 55 % de VS (1-2 ans), 37 % de VSOP — XO (10 ans). 99,5 % d’assemblage, vendus jeunes, réduits, édulcorés et travaillés.
Prix
Certainement le meilleur rapport qualité prix de tout alcool brun.
Les produits qui se vendent le plus coûtent le plus cher.

En résumé

L’Armagnac, un diamant brut pour qui cherche

L’Armagnac, c’est la diversité paysanne d’un terroir éclaté en centaines de petites maisons. Le Cognac, c’est la maîtrise industrielle et l’homogénéité d’un marché ultra-concentré. L’un se découvre, bouteille après bouteille ; l’autre se comprend en une gorgée.